120 ans d’histoire

LA NAISSANCE ET LA VOIE TRACÉE

A l’Académie des Sports, en 1914. Reconnaissez-vous, entre autres : Louis Blériot, Henri Deutsch de la Meurthe, Georges Carpentier, Jean Bouin ?

 

 

Au cours de l’année 1904, le journal « l’Auto », désirant trouver le mot le plus propre à désigner le canot automobile, entreprit une consultation auprès des membres de l’Académie Française. Cette consultation ne donna pas de résultat positif, ce qui fit concevoir le projet de constituer une compagnie de quarante personnalités du monde moderne, tel que commençaient à le façonner l’idée sportive et l’usage des locomotions nouvelles.
Pour former cette assemblée, une vaste consultation fut organisée le 6 Février 1905. Neuf mille votants répartirent leurs suffrages sur cent cinquante noms. Il fut décidé que les vingt premiers constitueraient le noyau du futur aréopage et que le soin leur serait laissé de coopter les vingt autres.

Un Bureau provisoire fut constitué comme suit :
Président : Prince Pierre d’ARENBERG
Vice-Président : M. Paul ADAM
Secrétaire Général : M. Pierre LAFFITTE
Trésorier : M. H. de ROTHSCHILD
Secrétaire Général Adjoint : M. Frantz REICHEL
Conseillers : M. Marius DUBONNET, Le Colonel RENARD

 

Ce Bureau convoqua le 26 Juin 1905 une réunion plénière qui compléta le nombre des membres de l’Académie à 40, approuva les statuts et établit trois sections :

Sports mécaniques – Sports athlétiques – Sports hippiques et cynégétiques, section élargie de nos jours à la notion de « qualité de la vie ».

Lors de la séance de Janvier 1906, ce fut une communication du Colonel Renard qui situa intelligemment et largement le rôle et l’autorité du nouvel organisme :

« Le rôle de l’Académie des Sports me semble résulter de son titre même, mais pour le définir, il est nécessaire de s’entendre sur la signification du mot « Académie ». Plusieurs sociétés se sont en effet donné ce titre. Je ne me permettrai nullement de les critiquer, mais pour quelques-unes d’entre elles, ce vocable a été choisi uniquement parce qu’il comporte l’idée d’une réunion d’esprits distingués ; ces sociétés sont des Associations, comme toutes les autres et n’ont d’Académie que le nom. Telle ne paraît pas avoir été la pensée des Fondateurs de l’Académie des Sports ; ils ont voulu que notre réunion fût une Académie dans le sens où ce mot est employé par les cinq classes de l’Institut de France et par toutes les compagnies analogues, en France et à l’étranger.

 

Ainsi entendue, une Académie est une réunion en nombre limité d’hommes possédant une compétence spéciale dans l’ordre des connaissances humaines qui constituent le ressort de la Compagnie. Ce qui me prouve que telle a été la pensée de nos Fondateurs, c’est que notre nombre est strictement limité et que nous nous recrutons par cooptation, suivant l’usage général de toutes les Académies.

 

Il résulte forcément de ce mode de recrutement qu’une Académie une fois fondée, ne tient son mandat que d’elle même et qu’elle n’a d’autre autorité que celle qu’elle a su conquérir par la valeur de ses membres ou par ses oeuvres en tant que collectivité. Elle n’a reçu, par suite, aucune délégation pour récompenser des intérêts ou des tendances en dehors d’elle même et, par conséquent, n’a pas qualité pour intervenir dans l’élaboration de mesures à prendre ; elle n’a d’ailleurs aucun pouvoir pour le faire. Elle doit rester étrangère ou plutôt supérieure, aux luttes et aux compétitions et agir exclusivement par son ascendant moral.

 

Est-ce à dire qu’une Académie doit être une réunion de sages désabusés, ayant renoncé complètement à tout rôle actif ?
Nous ne le croyons pas. Ce qui est impossible à la Compagnie, est parfaitement permis à chacun de ses membres, qui peuvent, en dehors d’elle, soit à titre individuel, soit comme membres de diverses Associations, prendre une part active et même prépondérante à toutes les luttes de la vie, et y faire un large emploi de leur combativité ; mais en corps, l’Académie ne doit exercer qu’une influence consentie volontairement. C’est sur ce point que nous allons donner quelques développements, en indiquant les moyens qu’elle peut employer pour remplir son rôle.

 

L’un des moyens par lesquels les Académies exercent leur autorité morale consiste dans les communications. On appelle ainsi des notes sur des sujets du ressort de l’Académie, qui sont rédigées, soit par ses propres membres, soit par des personnages étrangers, mais qui doivent être présentées en séance par un Académicien. Cette exigence donne une consécration à ces notes, par le fait même qu’un membre de la Compagnie les a examinées et les a trouvées digne d’être soumises à l’Académie. Il importe que nous soyons tous assez sévères pour accorder notre patronage aux communications ainsi présentées de manière à donner de la valeur à cette présentation.

 

Les grandes Académies sont arrivées à ce résultat et si l’on examine, par exemple, ce qui se passe à l’Académie des Sciences de France, les communications constituent pour leurs auteurs une tribune véritablement mondiale.

 

Un autre moyen d’action plus puissant et plus connu du grand public, ce sont les Prix que, grâce à de généreux dotateurs, les Académies sont arrivées à décerner. Elles récompensent ainsi soit des livres, soit des inventions, soit des actes de toute nature, et par le choix des lauréats, par l’exposé des motifs de leur jugement, elles exercent une influence puissante et peuvent orienter les esprits dans une direction déterminée.

 

Enfin, il est à la disposition des Académies un autre mode d’action, c’est le choix de leurs propres membres. Pour celui qui en est l’objet, c’est la suprême récompense que l’Académie peut lui décerner ; pour l’Académie, ce n’est pas seulement le moyen de combler le vide fait dans ses rangs, mais c’est la façon la plus saisissante qu’elle peut avoir de faire connaître ses tendances ; en élisant un membre elle donne implicitement son approbation générale à ses oeuvres de toute nature. Le public l’a bien compris, et ce qui l’intéresse le plus dans les Académies, c’est moins leurs travaux que l’élection de leurs Membres.

 

Nous vous avons indiqué les moyens qui nous permettront d’exercer une influence salutaire. Ils peuvent paraître peu nombreux et peu puissants, pourtant l’expérience en a, pour les Académies existantes, démontré l’efficacité et il ne paraît guère possible d’en employer d’autres. Mais pour que ces procédés puissent avoir des conséquences réelles, il faut qu’ils parviennent à la connaissance du public. Celui-ci peut, il vrai, assister à quelques-unes de nos séances, mais ce sera toujours en très petit nombre ; nous pouvons tabler aussi sur les comptes-rendus de la presse, mais ces comptes-rendus peuvent être plus ou moins complets. Il nous semble donc indispensable que l’Académie possède un organe officiel dans lequel figurent les procès-verbaux authentique de ses séances, les textes des communications présentées, les programmes et les résultats des différents concours, les discours prononcés par les Membres ou les rapports lus par eux.

 

En résumé, il me semble que, comme toutes les Académies, l’Académie des Sports doit viser à conquérir dans sa sphère un ascendant moral aussi puissant que possible ; que pour ce faire les trois principaux moyens à employer sont : les communications en séances, les prix décernés et le choix de ses propres membres ; qu’enfin, pour que ses travaux soient connus du public, il est indispensable qu’elle possède un organe officiel dont le titre s’impose, par assimilation : « les comptes-rendus de l’Académie des Sports ».

 

La voie était désormais tracée. Les 40, devenus 50 par la suite, l’ont suivie se succédant et se relayant dans l’esprit ainsi défini.